La Terre Natale
Ô prés pleins de lumière, ô les vertes montagnes,
Ô vallons remplis d’ombre, étroits sentiers des bois!
Ô les blés jaunissants dans les blondes campagnes!
Ô les bosquets touffus remplis de douces voix!
Charme toujours nouveau de la terre natale,
Épanouissement mystérieux des fleurs,
Éden où la nature à nos regards étale
Les plus gais horizons, les plus vives couleurs!
Qui n’aime à revenir au lieu de sa naissance,
Et plus près de la tombe évoquer son berceau?
A revoir, lorsque l’arbre a fini sa croissance,
Le sol d’où s’éleva l’humble et frêle arbrisseau?
Quand la première fois depuis quarante années,
Je revois le rivage où je reçus le jour,
Les oiselets naissants, les fleurs à peine nées,
Tout reste indifférent à mon tardif retour.
Je revois plein d’émoi la maison paternelle
Qu’habite un inconnu. Je frappe sans songer
Que le temps brise tout, que j’ai vieilli plus qu’elle,
Et qu’absent si longtemps, je suis un étranger!
Aussi par le village en vain je me promène,
Personne dans le bourg ne me reconnaîtra,
Nul ne peut deviner l’objet qui m’y ramène,
Car nul vieux souvenir à mon aspect naîtra.
Dans cet homme mûri, qui pourra reconnaître
Le tout petit enfant qui vit ici le jour?
Combien en reste-t-il de ceux qui m’ont vu naître?
La mort a mis sur eux sa griffe de vautour.
Ô vous, témoins muets de ma première enfance,
Temple qui vit couler l’eau sainte sur mon front,
Contre vos souvenirs je me sens sans défense,
Mais vous parler d’oubli serait vous faire affront.
Car c’est ma faute, à moi, si ce lieu plein de charmes
De l’enfant de jadis a perdu souvenir.
Plus souvent, je l’avoue en retenant mes larmes,
Au lieu de mon berceau j’aurais dû revenir.
Homeland
O fields full of light, O green mountains,
O shadowy valleys and narrow forest paths!
O golden wheat in the blond fields!
O dense groves full of sweet voices!
The homeland always has a new charm.
Mysterious blossoms of flowers,
An Eden where nature unfolds before our eyes
The brightest horizons and the most vivid colors!
Who does not love returning to their birthplace
Or recalling their cradle when nearing death?
To see the tree after it has grown,
And the soil from which the humble, frail sapling sprang?
For the first time in forty years, when
I revisited the shore where I was born,
The newly born birds and the newly bloomed flowers
Everything was indifferent to my belated return.
When I see my father’s house, now inhabited by a stranger,
I feel a strong emotion. I knock without thinking.
Time has broken everything; I have aged more than it has.
My absence was long, and now I am a stranger.
So I wander through the village in vain.
No one recognizes me.
No one can guess why have returned.
My appearance will not rekindle any old memories.
Who would recognize this mature man?
The tiny child who was born here?
How many of those who saw me born are still alive?
Death has taken them one by one.
O silent witnesses of my early childhood,
Temple that saw holy water flow across my forehead,
I am defenseless before your memories.
But to speak of forgetfulness would be an insult to you.
It is my fault, mine alone, if this charming place
has lost the memory of the child of yore.
I confess, holding back my tears.
I should have returned to my cradle more often.
